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Programmation liée
S.H.A.R.E. (Sharing Hardships Accords Resonant Experiences)
une résidence recherche
Emmanuel Cortés
Du 31 août 2026 au 18 septembre 2026
Ma carrière artistique traverse un tournant essentiel où l'écriture devient le socle de mon processus créatif. Bien que je travaille actuellement sur un roman, mon objectif principal est de développer un cadre méthodologique pour la création artistique, qui intègre des retours d'expérience ciblés auprès de communautés spécifiques (queer, trans, racialisées, immigrées ou vivant avec le VIH). L'écriture me permet de transposer nos histoires en art de manière constructive plutôt qu’extractive.
Ma recherche interroge la manière dont un artiste plasticien peut explorer la performance à travers la fiction spéculative et la collaboration communautaire. Avec une approche auto-ethnographique, je m’attache à mettre en lumière les nouvelles formes qui émergent lorsque la performance devient une méthode d'investigation plutôt qu'un simple moyen d'expression. Je m’intéresse en particulier au rôle du mouvement dans un espace partagé, à la transformation de l’« objet » visuel en une « partition » de performance, ainsi qu’aux façons dont les non-artistes peuvent révéler les enjeux politiques liés à l’accès à la scène.
Ce travail s'articule autour de mon projet S.H.A.R.E. (Sharing Hardships Accords Resonant Experiences), un roman spéculatif qui mêle récit et critique communautaire. Les expressions artistiques issues de ce texte — performances et pièces de théâtre — serviront à engager des dialogues transformateurs avec le public et mes pairs. À travers ces échanges, j’espère aborder des thèmes centraux comme l'homophobie, la sérophobie, le racisme et les questions d’agentivité en usant de mon expérience de l'action communautaire pour définir de nouveaux cadres de création collective.
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Emmanuel Cortés est un artiste américano-mexicain dont la recherche s’appuie sur les thèmes de l’identité, de la migration et de l'oppression systémique, évoluant dans un contexte européen où sa « mexicanité » est exotisée – ce qui contraste fortement avec les dures réalités que rencontrent les migrant.es aux États-Unis. Il est titulaire d’un Bachelier en Beaux-arts et d’un Master en urbanisme. Son œuvre est teintée du scepticisme qu'il nourrit envers le monde de l'art commercial. En remettant en question l'étiquette d’« art politique », il rejette la pression des récits commercialement viables et politiquement aseptisés.
Il intègre ses angoisses sociales dans son travail, embrassant le chaos et l'imperfection comme lieux de vérité. Dans ses performances, il utilise l’humour, la musique et les anecdotes comme trame pour tisser le folklore mexicain-américain, tandis qu'on retrouve dans ses dessins l'iconographie d'inspiration mexicaine. Ces derniers temps, son identité de personne vivant avec le VIH transparaît de plus en plus dans son travail. À travers ses récits, il combat la sérophobie intériorisée, en présentant une vie qui dépasse son statut sérologique malgré la stigmatisation persistante à l'ère du « I=I ».
Un moment décisif a eu lieu en décembre 2024 à l’issue de la résidence « Write It Out! » : Emmanuel a présenté aux Kaaistudios une lecture de sa pièce « The Encounter », ce qui a permis ensuite un échange profond avec un public en non-mixité, composé exclusivement de personnes racisées et renforcé son engagement communautaire ainsi que la nécessité de créer des ponts entre art et vécus matériels. Nées de ces échanges, les rencontres « Brown Cats » continuent d'avoir lieu chaque mois à Artist Commons, à Forest, créant un espace pour les artistes racisé·es en dehors du cadre institutionnel.
Son scepticisme se trouve encore renforcé par le projet « Aids Archives And Arts Assemblies (2023–2024) ». Développé en collaboration avec des partenaires tels que le Kaaitheater et La Bellone, ce projet privilégiait les échanges intimes entre artistes vivant avec le VIH plutôt que le discours public. Il usait des ressources institutionnelles dans le seul but de favoriser des liens directs, révélant le fossé entre la prétention à un art « engagé » ou « militant » et les effets politiques réels d'un dialogue entre pairs.
Actuellement, Emmanuel écrit un roman dont l'action se déroule 1 000 ans dans le futur et qui suit le parcours d'un exilé séropositif. Ce récit sert de catalyseur cyclique pour des créations d’art visuel et des performances. Il développe quatre performances présentant l'histoire d'« Harmony » avant son exil, prévues d'ici 2027-2028. En faisant de l'art un cycle continu de création et de dialogue, Emmanuel envisage l'avenir avec curiosité et espièglerie pour contrer ses tendances misanthropiques. Son travail témoigne de l’existence de la beauté et de la vérité dans le chaos et les imperfections de l'existence, offrant une agentivité à ceux que la société rejette.