Copyright : César Segarra
Marquant la fin de la résidence autour de « Vers » de Castillo , ce « Half & Half Closer », propose une rencontre en deux temps : un entretien de 30 minutes enregistré et en public, mené par l’équipe de La Bellone pour échanger avec l’artiste sur son travail en cours, puis un moment de discussion informelle autour d’un verre (notre version non alcoolisée du légendaire « Half and Half » bruxellois).
Gratuit et sur inscription.
Au sujet de sa résidence :
Je m’appelle actuellement Castillo. C’est moi qui figure sur la photo prise par César Segarra qui illustre ce texte. Je suis né en Castille-La Manche et je vis ici, parmi vous, à Bruxelles. Mon art consiste à accueillir des assemblées. À travers mon travail, je pose des questions à la croisée des arts et de la santé communautaire kuir. Je fais partie des groupes « Des assemblées en Belgique autour des Sidas, des archives et des arts (2022-24) », « Art brut, bruta tú » et « Buenos Tiempos, Int. ». Mon parcours de recherche est actuellement financé par la Fédération Wallonie-Bruxelles. J’ai obtenu mon premier poste stable d’enseignant il y a deux ans au département des pratiques éditoriales de l’Académie royale des Beaux-Arts de Bruxelles.
Lorsque j’ai été invité en résidence à La Bellone pour écrire de la critique sur les arts de la scène, j’ai choisi d’écrire sur ma propre pratique de la performance – qui, aujourd’hui, consiste principalement à enseigner – en m’appuyant sur la question suivante : « Que m’arrive-t-il, à moi, pédé, pendant que j’obtiens des postes d’enseignant ? ».
Ma transition vers l’enseignement n’est pas une affaire individuelle. Il s’agit d’une pratique collective ancrée dans des matérialités. En Belgique, la recherche artistique bénéficie de plus en plus de financements publics. Souvent, il faut d’abord passer par les écoles d’art pour pouvoir prétendre à ces fonds. Bon nombre de mes camarades kuir à Bruxelles et moi-même avons pris contact avec des écoles d’art dans le but de trouver les moyens matériels nécessaires pour pratiquer la santé communautaire kuir. Et, parfois, certain·es d’entre nous avons saisi l’occasion de candidater à un poste d’enseignant·e. Les transitions kuir vers l’enseignement sont une affaire d’accumulation de capital culturel – des transitions entre classes culturelles – enseignant·e, pédale, artiste, chercheur·euse. Elles consistent également à mettre en place et à maintenir une pratique collective.
Cet hiver, avec Fefa Vila Núñez et Javier Sáez del Álamo, nous avons discuté des stratégies visant à mettre en place et à maintenir notre pratique collective de transitions kuir vers l’enseignement, durant la période allant de la dissolution des collectifs d’action directe lesbien et pédé LSD et La Radical Gai à la fin des années 1990, jusqu’à l’inauguration du premier cours de théorie kuir dans une université publique espagnole, qu’ielles ont enseigné avec plein d’autres à l’Université nationale espagnole d’Enseignement à Distance entre 2003 et 2005. Toujours cet hiver, avec Nour Outojane, nous n’avons pas réussi à obtenir les fonds nécessaires pour organiser chaque été à Bruxelles des « anacadémies » réunissant des enseignant·es et chercheur·euses kuir, destinées à mettre en place et à maintenir notre pratique collective locale de transitions kuir vers l’enseignement et la recherche. Cet automne, à La Bellone, je vais plutôt donner une chance à la poésie.